Notre entente avec le MSSS est expirée depuis le 31 mars 2008. Depuis ce temps, bien de l’eau a coulé sous le pont des ressources intermédiaires : syndicalisation des RTF et loi 49 engendrant des délais très douloureux pour toutes les ressources représentées par l’ARIHQ, augmentation de 21 % du salaire minimum depuis 2007 et augmentation d’un famélique 6 % pour l’indexation des rétributions depuis 2008. On a entendu aussi des déclarations tous azimuts que les ressources intermédiaires seront la solution à tous les maux d’engorgement du système de santé et vécu un changement complet dans l’organisation de nos relations avec le MSSS et le réseau en nous assignant une table parmi d’autres au CPNSSS.
Les conséquences de tout cela ne sont pas anodines! Toutes les ressources ont été forcées de pratiquer des politiques salariales restrictives auprès de leurs employés pour rester en opération et notamment dans le cas des plus petites, les propriétaires ont compensé par des centaines et des centaines d’heures non rémunérées la sous indexation des rétributions. Pendant ce temps, bien des établissements demandent des ratios d’heures de personnel en vue d’assurer une réponse de qualité aux personnes qu’ils confient aux ressources. En plus, ces mêmes établissements ont souvent cherché à resserrer l’évaluation des besoins de nos résidents dans l’espoir de diminuer leurs dépenses.
Nous voilà donc au centre de la quadrature du Cercle : le délai à renouveler notre entente nous étrangle financièrement et on est astreint à pratiquer des politiques salariales très restrictives et peu concurrentielles. En même temps, tout le monde souhaite améliorer la qualité des services et les ratios de réponse aux besoins, mais d’aucuns cherchent à rogner des rétributions déjà insuffisantes pour donner le niveau et la qualité des services que l’on voudrait offrir par un personnel rémunéré équitablement. Comme si les RI pouvaient faire des miracles! Comme si le fait de dire que l’on va développer des centaines de places en RI les faisait apparaître et surtout doter de budgets adaptés à leur mission…
Nous avons reçu comme une véritable douche d’eau glacée la proposition du CPNSS du 27 octobre dernier sur les rétributions alors que l’on nous avait annoncé un bain thérapeutique mérité après des années de souffrance…
Ah! Bien sûr que l’on a gardé de nos demandes quelques appellations qui décrivent mieux notre réalité : soutien et assistance, coûts d’opération, frais d’administration, coûts immobiliers. En apparence, c’est notre langage. Mais quand on a analysé ce qu’il y’avait dans la boîte, sans être vide, les jolis emballages contenaient finalement moins que ce que nous avons aujourd’hui pour une proportion importante des ressources et les formules mises de l’avant ne correspondaient que bien partiellement ou pas du tout à notre réalité… Il a fallu se dire que ce n’était qu’un début… pour garder la motivation et la bonne humeur!!!
On ne peut en quelques lignes résumer le dépôt mais sans caricaturer essayons d’imager.
Prenons le soutien et l’assistance : la formule de rétribution proposée est liée à l’outil de classification et prévoit des niveaux de rétribution en fonction de 6 niveaux d’intensité de services. En principe, c’est logique. Le problème c’est que pour définir ce que serait une prestation de service complète (ou attendue) par niveau, on s’est référé à une réalité théorique qui n’est pas du tout la nôtre soit celle de résidences de type familial. De plus, celle-ci n’est rattachée à aucun ratio d’heures de services par jour par résident alors que nos données empiriques nous montrent que celles-ci peuvent varier du simple au double selon les exigences des établissements pour une même clientèle et du simple au quintuple pour des clientèles différentes. Autrement dit, c’est bien en principe de rattacher la rétribution à une échelle d’intensité mais il faut impérativement que celle-ci soit reliée à un ratio d’heures de services attendus par personne par jour et que les heures en question soient calculées sur des niveaux de salaire raisonnables. Autrement cette approche est une belle construction de l’esprit, mais inapplicable et foncièrement injuste.
Nous n’accepterons jamais une formule qui ne tient pas compte de la réalité. Or pour en tenir compte, il faudra que les formules proposées tiennent compte que 1- Nous finançons depuis 4 ans les augmentations consécutives du salaire minimum qui n’ont aucunement été compensées 2- L’intensité des services a une signification concrète qui s’exprime en ratio d’heures de services financées par jour par résident 3- Les niveaux de salaires utilisés pour modéliser le niveau des rétributions doivent être équitables si on les compare à des fonctions comparables dans le marché.
Il est étonnant qu’après deux ans de travaux avec des actuaires et économistes nous dit-on, la partie gouvernementale nous arrive avec une formule pour les soins et l’assistance qui soit aussi loin de la réalité. Regardez les appels d’offres publiés par des établissements ces semaines-ci et vous verrez que les heures de services demandées par résident sont tout simplement impossibles à satisfaire avec les niveaux proposés. C’est comme payer pour une heure de service et en demander deux…
La formule des coûts d’opération est elle aussi d’une conception désarmante. Un seul niveau forfaitaire de rétribution basé sur une ventilation aussi secrète qu’inadéquate quand on la balise avec la réalité de nos membres. Nous avons exigé de connaître les chiffres sur lesquels se base la partie gouvernementale pour nous proposer une formule de type ‘.flat rate’ tout compris, de la nourriture à l’entretien ménager et à l’immobilier comme si nous produisions une commodité.
Prenons le coût de l’immobilier qui s’y retrouve en très grande partie, sauf une prime pour certaines localisations et des bâtiments récents. Des données très précises et fiables de nos membres confirment que la dépense réellement encourue par jour par personne varie dans une fourchette qui va de moins de 10.00$ par jour à plus de 40.00$ par jour. Cette forte variation est aussi observable dans les ressources opérées par les établissements. Pourtant on nous propose un tarif uniforme qui ignore totalement cette réalité. Résultat des courses : si vous avez un vieux bâtiment que vous n’entretenez plus guère avec des espaces minimaux, vous gagnerez de l’argent, mais si vous avez investi dans un immobilier de qualité, répondant aux meilleurs standards, vous perdrez votre chemise. Ici aussi, notre détermination à obtenir une formule qui soit entièrement modulable est inébranlable car elle est la seule qui puisse assurer l’équité et le bon sens économique pour les payeurs de taxes.
Enfin, il serait trop long de traiter en profondeur des frais d’administration qui nous sont proposés. Disons simplement qu’en comparant les propositions à la réalité de 24 ressources qui ont validé l’information, toutes étaient unanimement heureuses de voir le principe enfin reconnu, mais aucune ne réussissait à couvrir ceux-ci avec les niveaux proposés…
Une dernière rubrique immobilière: pour tenir compte d’un indice du coût du logement plus élevé dans certaines villes, on nous propose un ajustement ; c’est bien apprécié en principe, sauf que cet indice ne nous semble aucunement en lien avec la réalité des RI que nous représentons. C’est un indice très intéressant pour des locataires d’appartement, mais on ne voit guère le lien avec nos investissements immobiliers à vocation spécifique… En ce qui concerne les nouvelles constructions, ils bénéficieraient d’une prime spécifique, mais qui disparaîtrait après dix ans. Comme si après dix ans, on pouvait rabaisser comme par magie les coûts initiaux d’un immeuble. On devrait peut-être essayer cela : proposer à notre banquier et à notre comptable de couper disons de 25 % notre valeur comptable et nos remboursements hypothécaires après dix ans…
Mieux vaut blaguer un peu que de se décourager! Comme vous pouvez le voir, nous avons encore des heures de plaisir devant nous pour conclure cette négociation sur des bases justes, raisonnables et équitables, basées sur la réalité et non sur quelque formule aussi injuste que simpliste.
Michel Clair, Président de l’ARIHQ

